Sur le concept de “stakeholder” (II)

Dans un article nommé « Stakeholders, Social Responsibility, and Performance: Empirical Evidence and Theoretical Perspectives », Harrison Jeffrey et Freeman Edward[1] montrent qu’il y a deux modèles du management qui peuvent expliquent les deux types de rapports qui naissent entre l’entreprise et ses stakeholders:

a) management stratégique des stakeholders – qui suggère qu’il y a premièrement un calcul d’efficience derrière  le souci montré par les entreprises envers ses stakeholders ; une bonne relation avec eux, un rapport responsable, peut améliorer la performance économique

b) l’engagement intrinsèque des stakeholders – qui se repose sur la présupposition qu’il y a, à la base des relations entre les corporations et les parties prenantes, un fondement moral, un certain engagement normatif qui fait que l’entreprise prenne en compte et priorise les intérêts des stakeholders. C’est le comportement moral des entreprises, ainsi que les programmes éthiques qu’elles implémentent, qui font que les rapports soient productifs et efficients d.p.d.v. économique. Dans la plupart de cas, ce type de comportement apparaît dans les entreprises où les manageurs mêmes sont pro éthique et ont eux aussi un comportement moral

En général il y a, donc, deux approches, l’une qui justifie la responsabilité sociale comme le résultat purement d’une pensée économique en termes d’utilité et d’efficience qui pourrait se traduire par la maxime : « Il est efficient d’être responsable ! » ; et une autre qui voit le gain et l’efficience économique comme l’acquis d’un comportement morale, comportement qui se traduit par et dans la responsabilité sociale. La maxime gouvernante dans ce cas serait : « Il faut être responsable ! »,  notre « marchand avisé » n’agit pas en conformément avec son devoir mais par devoir, comme les protestants le faisaient au début du capitalisme. Pour vendre bien il suffit de respecter ses clients et d’être un « homme » qui garde sa parole, payer au temps les dettes etc.[2],  le contraire étant contre intuitif à cause d’effets sous optimaux qu’une attitude « immorale » pourrait générer.

Kant, dans Fondements de la métaphysique des moeurs[3], explique que l’action d’un « marchand » correcte et honnête : qui ne trompe pas sur la marchandise, qui rend la monnaie exactement, qui ne s’engage pas dans des relations préférentielles avec ses clients, qui ne modifie les prix suite à la clientèle, ainsi de suite ; est une acte propre à un commerçant qui agit conformément au devoir, mais pas par devoir. L’action du marchand est purement un geste intéressé, il envisage un but purement mercantiliste : celui d’apporter le profit à longue terme, il y a donc, une motivation utilitariste au sens où finalement il lui est plus utile d’agir moralement que immoralement. Pourtant, Kant conclut qu’il n’y pas de valeur morale véritable derrière ce type de comportement même si on avait cette impression.

Par contre si on accepte la thèse de l’engagement intrinsèque des stakeholders on voit facilement qu’il doit avoir une norme morale au sens Kantien qui dépassera le simple désir du profit, du gain ; l’entreprise doit nourrir aussi une moralité intérieure  « invisible » qui se confonde aux certains moments avec l’image morale extérieure, mais qui la dépasse. Il est vrai qu’à l’extérieure le résultat serait le même, on aurait une confusion entre un geste moral véritable et une action vraisemblablement morale mais qui ne l’est pas, ou mieux dit pas plus qu’une action utilitariste et égoïste pourrait l’être, pourtant essentiellement elle est morale, car elle a comme fondement  des actions et décisions justifiables de point de vue éthique.

De toute façon, mêmes ces interactions qui prennent naissance entre les corporations et ses stakeholders demandent une nouvelle forme de reconnaissance sociale de ces engagements. La création d’une nouvelle forme de contrat qui pourrait rendre compte de toutes les nouvelles relations et les mécanismes qui se cachent derrière eux. On peut donc parler de la nécessité d’une forme de contrat social qui lierait les stakeholders et les grandes entreprises corporatistes.


[1] Harrison S. Jeffrey, Freeman R. Edward, « Stakeholders, Social Responsibility, and Performance: Empirical Evidence and Theoretical Perspectives », The Academy of Management Journal, Vol. 42, No. 5, partie du Forum Spécial de Recherche sur les Stakeholders, la Responsabilité Sociale et la Performance (Oct. 1999), pp. 479-485

 

[2] L’homme « morale » de Benjamin Franklin dans « Advice to a Young Tradesman »

[3] Kant Emmanuel, Fondements de la métaphysique des mœurs, trad. Victor Delbos, éd. 1792, document électronique, sect. I, pp. 14-15

Nous avons aussi débbatu les concepts de nouveau contrat social, darwinisme social et “stahlhartes Gehäuse”
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